Ce matin, le monde avait l’air un peu trop lourd pour un simple vendredi. J’ai ouvert les nouvelles comme on entrouvre une fenêtre en plein hiver : avec prudence, en sachant que le froid va entrer, mais en espérant quand même un peu d’air frais.
Et l’air n’était pas frais du tout.
En Tunisie, un député a été condamné à huit mois de prison pour avoir critiqué son président.
Au Mexique, des enfants ont été blessés dans une attaque armée dans un parc.
En Asie, on parle encore de tensions, de frontières, de puissance, de menaces.
Ici, chez nous, un jeune Montréalais a donné sa moelle épinière pour sauver son frère. Une clinique médicale emblématique a déclaré faillite. Et un ministre a dû retirer un article controversé sur l’avortement.
Je lis tout ça, et j’ai l’impression que le monde entier respire par à‑coups.
Comme si la planète avait un souffle court.
Je ferme l’écran.
Je regarde ma cuisine.
Je regarde ma vie.
Et je me demande comment on fait pour rester humains dans un monde qui semble constamment en train de se débattre.
Il y a quelque chose de profondément étrange dans le fait de lire des tragédies internationales pendant qu’on prépare un lunch, qu’on ramasse un jouet au sol, qu’on pense à nos projets, à nos factures, à nos rêves. C’est comme vivre deux réalités en même temps : celle du monde qui brûle, et celle du quotidien qui continue, implacable, banal, nécessaire.
Je pense aux travailleurs essentiels.
À ceux qui entrent dans des chambres d’hôpital pendant que d’autres débattent de lois.
À ceux qui nettoient, soignent, nourrissent, accompagnent, pendant que les nouvelles défilent comme un film qu’on ne peut pas mettre sur pause.
Je pense aux mères qui lisent les nouvelles en espérant que leurs enfants grandiront dans un monde un peu moins dur.
Je pense à nous tous, qui essayons de rester debout, sensibles, ouverts, alors que tout nous pousse à nous refermer.
Et au milieu de tout ça, il y a cette petite voix en moi qui dit :
Écris. Raconte. Dépose. Transforme.
Parce que les mots, même fragiles, même imparfaits, peuvent encore créer des espaces où l’on respire.
Alors j’écris.
J’écris pour ne pas devenir dure.
J’écris pour ne pas m’habituer.
J’écris pour garder vivante cette conviction que même dans un monde qui tremble, il reste des gestes qui réparent, des humains qui se lèvent, des histoires qui méritent d’être racontées.
Aujourd’hui, je choisis de ne pas me laisser avaler par les nouvelles.
Je les regarde, je les reconnais, mais je reviens à ce que je peux faire : accompagner, écrire, aimer, élever, témoigner.
Et garder un coin de lumière, même minuscule, même fragile.
Parce que parfois, c’est tout ce qu’on peut faire.
Et parfois, c’est déjà beaucoup.
xoxox Valerie
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